Au-delà de 2017, quelle politique étrangère pour la France?

Venerdì, 21 Aprile, 2017

Marc Hecker

La Constitution de la cinquième République, adoptée il y a près de 60 ans, confère un rôle prééminent au Président de la République en matière de politique étrangère. Non seulement le chef de l’Etat est-il chargé de négocier et ratifier les traités, mais de surcroît, il se trouve à la tête des armées. La pratique a renforcé cette prééminence, si bien que l’action extérieure est souvent présentée comme le « domaine réservé » du Président. Le prochain hôte du palais de l’Elysée – quel qu’il soit et quelle que soit l’issue des élections législatives de juin – aura donc une réelle marge de manœuvre en matière d’action extérieure. Or, les principaux candidats proposent des options de politique étrangère – et même des visions du monde – très différentes. Ces différences sont particulièrement sensibles sur trois sujets.

La question des alliances

Le premier sujet qui oppose les candidats est celui des alliances que l’on pourrait résumer sommairement par la question: « A quel camp la France appartient-elle ? ». Il est frappant de constater que trois des quatre principaux candidats souhaitent une rupture plus ou moins franche en la matière. Cette rupture impliquerait un rapprochement avec la Russie et une prise de distance avec les Etats-Unis. Ce changement s’explique pour des raisons différentes selon les candidats. Plus on se rapproche de l’extrême gauche, plus les thématiques anti-impérialistes, anticapitalistes et altermondialistes sont prégnantes, ce qui conduit à une critique virulente de l’OTAN et de l’OMC, et à une volonté de coopérer davantage avec les BRICS. La droite et l’extrême droite partagent avec l’extrême gauche la rhétorique anti-impérialiste. Elles voient en outre la Russie de Vladimir Poutine comme un défenseur de valeurs nationalistes et conservatrices. La politique moyen-orientale de Moscou est vue comme plus efficace que celle de Washington, et davantage susceptible de remplir un double objectif: vaincre le « totalitarisme islamique » et protéger les chrétiens d’Orient. Il est loin le temps où le slogan « Nous sommes tous Américains » s’affichait à la « une » du journal Le Monde et était repris par une bonne partie de la classe politique.

L’avenir de l’Union européenne

Le deuxième sujet qui oppose les candidats a trait à l’Union européenne. L’extrême droite veut profiter de la dynamique enclenchée par le Brexit. Elle prône ainsi un retour au franc – en mettant en avant la dépréciation contenue de la livre sterling – et promet la tenue d’un référendum sur le maintien de la France dans l’UE. Les autres candidats font le constat d’un dysfonctionnement des institutions européennes et appellent à des changements plus ou moins profonds. Jean-Luc Mélenchon veut réinitialiser le logiciel européen qu’il perçoit comme une machine à fabriquer des normes libérales. Benoît Hamon souhaite mettre en place une assemblée parlementaire de la zone euro. Emmanuel Macron veut créer un poste de ministre de l’Economie de la zone euro et renforcer l’Europe de la Défense en créant « Quartier général européen permanent ». Quant à François Fillon, il insiste sur la nécessité de réformer les accords de Schengen, renforcer les frontières extérieures de l’UE et « doter la zone euro d’un directoire politique ».

La remontée en puissance de la Défense française

Le troisième sujet – la remontée en puissance de la Défense française – est moins clivant que les précédents. Tous les candidats s’accordent sur le fait que l’outil militaire a été sous-financé depuis trois décennies et qu’il est nécessaire de réaliser un effort budgétaire supplémentaire compte tenu du niveau de la menace terroriste et de la montée des tensions géopolitiques. Les principaux candidats souhaitent atteindre ou dépasser la barre des 2% du PIB consacrés à la Défense au cours de leur mandat, à l’exception notable de Jean-Luc Mélenchon qui considère ce montant comme une « exigence de l’OTAN ». Dans le domaine de la dissuasion nucléaire, le candidat de la « France insoumise » se distingue aussi en prônant l’abandon de la composante aéroportée. Il insiste par ailleurs sur la nécessité de renforcer le « lien armée-nation » et souhaite mettre en place un service militaire de 9 mois. Deux autres candidats – Marine Le Pen et Emmanuel Macron – défendent l’idée d’un tel service mais pour une durée moindre. L’armée est ainsi vue non seulement comme un outil essentiel pour assurer l’indépendance de la France mais aussi comme une institution capable de cimenter une société dont les groupes djihadistes cherchent à exploiter les fissures.

En somme, les électeurs français ont un vrai choix à effectuer qui influera non seulement sur le futur de la France mais aussi sur celui de l’Europe et des relations transatlantiques. Au cours de la campagne, les sujets de fond ont malheureusement été éludés par les scandales. Espérons que la période de l’entre-deux-tours permettra de débattre plus sereinement des grandes orientations politiques proposées par les deux finalistes.

 

Marc Hecker, directeur des publications de l’Institut français des relations internationales (Ifri)

 

* Pour en savoir plus, lire l’étude suivante, disponible sur le site de l’Ifri en français et en anglais : Thomas Gomart et Marc Hecker (dir.), « L’agenda diplomatique du nouveau président », Etudes de l’Ifri, avril 2017.

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